La présidence de Charles de Gaulle

L’élection du premier président de la Ve République

Charles de Gaulle entre en fonctions le 8 janvier 1959, après son élection du 21 décembre 1958. Un collège d’environ 80 000 grands électeurs — parlementaires, élus locaux et délégués municipaux — l’a choisi pour un mandat de sept ans. La Constitution, approuvée par référendum le 28 septembre 1958, fonde la Ve République.

Ce premier scrutin traduit l’équilibre voulu en 1958 : un président placé au-dessus des partis et élu indirectement. Pour comprendre la crise algérienne et politique qui a précédé cette fondation, lire comment de Gaulle est-il revenu au pouvoir en 1958 ?. De Gaulle est réélu en décembre 1965, cette fois au suffrage universel direct, après un second tour face à François Mitterrand.

La nouvelle pratique du pouvoir présidentiel

La Constitution donne au président un rôle d’arbitre et le charge de veiller au respect des institutions. De Gaulle en fait le centre de l’exécutif : il fixe les grandes orientations, préside le Conseil des ministres, choisit le Premier ministre et s’adresse directement au pays par référendum. Michel Debré, puis Georges Pompidou, dirigent les gouvernements sous son autorité politique.

La réforme de 1962 change durablement le régime. Après avoir dissous l’Assemblée nationale, hostile à son projet, de Gaulle soumet l’élection présidentielle directe à référendum le 28 octobre ; le « oui » l’emporte avec 62,25 % des suffrages exprimés. L’élection du président par les citoyens devient la pièce maîtresse de la Ve République.

Cette pratique repose aussi sur des outils prévus par le texte : la dissolution de l’Assemblée, employée en 1962 puis en 1968, et le référendum de l’article 11. L’article 16, qui accorde des pouvoirs exceptionnels en cas de crise grave, est activé du 23 avril au 29 septembre 1961 après le putsch des généraux à Alger. Son usage nourrit alors un débat durable sur les limites du pouvoir présidentiel.

La guerre d’Algérie et la décolonisation

La guerre d’Algérie constitue la crise décisive du début de la présidence. En septembre 1959, de Gaulle reconnaît le principe de l’autodétermination ; cette décision rompt avec les partisans de l’Algérie française, dont une partie de l’armée et des Européens d’Algérie. Le référendum de janvier 1961 approuve cette orientation avec 75,25 % des suffrages exprimés en métropole et outre-mer.

Les négociations avec le Front de libération nationale aboutissent aux accords d’Évian, signés le 18 mars 1962. Le cessez-le-feu entre en vigueur le lendemain ; l’indépendance est massivement approuvée lors du référendum algérien du 1er juillet et reconnue par la France le 3 juillet. Les violences de l’OAS, l’exode des pieds-noirs et l’accueil difficile des harkis donnent à cette sortie de guerre une profondeur tragique.

La présidence accompagne aussi l’émancipation des territoires d’Afrique subsaharienne. En 1960, quatorze anciennes colonies françaises accèdent à l’indépendance. La France conserve des liens diplomatiques, monétaires, culturels et militaires étroits avec plusieurs de ces nouveaux États : une relation qui structure longtemps la politique africaine française.

La politique étrangère et l’indépendance nationale

De Gaulle veut rendre à la France une marge de décision entre les deux blocs de la guerre froide. Le premier essai nucléaire français a lieu à Reggane, dans le Sahara, le 13 février 1960 ; il ouvre la voie à une force de dissuasion nationale. Cette stratégie vise à garantir la sécurité du pays sans dépendre entièrement des États-Unis.

En 1966, la France quitte le commandement militaire intégré de l’OTAN et demande le départ des forces alliées stationnées sur son sol, tout en restant membre de l’Alliance atlantique. De Gaulle reconnaît la République populaire de Chine dès janvier 1964 et oppose deux fois son veto à l’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté économique européenne, en 1963 et 1967.

Ses voyages et ses discours donnent à cette ligne un relief souvent spectaculaire : discours de Phnom Penh contre l’engagement américain au Vietnam en 1966, « Vive le Québec libre ! » lancé à Montréal en 1967. Ces prises de position cherchent une France capable de parler en son nom. Elles provoquent aussi des tensions avec Washington, Londres et Ottawa.

Les transformations économiques et sociales

Les années gaulliennes coïncident avec la croissance des Trente Glorieuses. L’État planifie, équipe et modernise : autoroutes, logements collectifs, développement industriel, essor de l’énergie nucléaire civile et aménagement du territoire. Le nouveau franc, mis en circulation le 1er janvier 1960, vaut cent anciens francs et simplifie une monnaie affaiblie par les dévaluations d’après-guerre.

Cette prospérité change les gestes quotidiens : voitures, appareils ménagers, télévision et vacances gagnent de nombreux foyers. Elle laisse pourtant subsister des écarts de salaire, des logements précaires et une forte discipline dans les usines. Les ordonnances de 1967 réorganisent la Sécurité sociale en caisses distinctes, avant que le conflit social de 1968 ne révèle l’ampleur des attentes ouvrières.

Le général défend la « participation », idée selon laquelle les salariés doivent recevoir une part des résultats et prendre part à la vie de l’entreprise. Le principe inspire l’ordonnance de 1967 sur la participation financière dans les grandes entreprises. Il reste toutefois limité : la cogestion, souhaitée par certains gaullistes, ne s’impose pas dans le droit français.

Mai 68 et la fin de la présidence

Mai 1968 commence dans les universités, notamment à Nanterre et à la Sorbonne, puis gagne les usines. La grève générale paralyse le pays : près de dix millions de salariés cessent le travail au plus fort du mouvement. Les accords de Grenelle, négociés le 27 mai, prévoient une hausse de 35 % du salaire minimum et des augmentations salariales, sans mettre aussitôt fin aux grèves.

Le 30 mai, de Gaulle annonce la dissolution de l’Assemblée nationale après une brève absence qui l’a conduit à Baden-Baden auprès du général Massu. Les élections législatives de juin donnent une large majorité aux gaullistes. La crise a pourtant fragilisé son autorité et mis en lumière une jeunesse qui conteste les hiérarchies scolaires, familiales et politiques.

De Gaulle joue son dernier mandat sur un référendum portant sur la régionalisation et la réforme du Sénat, le 27 avril 1969. Le « non » obtient 52,41 % des suffrages exprimés ; fidèle à son engagement, il démissionne le lendemain. Sa présidence a installé des institutions encore en vigueur, réglé la guerre d’Algérie et redéfini la place internationale de la France, tout en laissant ouvertes les fractures révélées par 1968.

Pour replacer ce parcours dans l’histoire longue du général, des années de Résistance à son départ de l’Élysée, la page réussir un exposé sur la Résistance dans les Hauts-de-France éclaire aussi le terreau politique et mémoriel dont il est issu.