Quel était le parti politique de Charles de Gaulle ?
Charles de Gaulle n’a jamais voulu se réduire à l’étiquette d’un parti. Pourtant, il a créé le Rassemblement du peuple français (RPF) en 1947 et s’est appuyé, après 1958, sur l’Union pour la nouvelle République (UNR). Ces formations permettent de suivre l’histoire électorale du gaullisme sans confondre le Général avec les appareils qui le soutenaient.
Pour replacer ces choix dans le parcours du chef de la France libre, la page Comment de Gaulle est-il revenu au pouvoir en 1958 ? retrace la crise qui ouvre la voie à la Ve République. Ici, le sujet est plus précis : les rapports souvent tendus entre de Gaulle, les partis et les mouvements gaullistes.
De Gaulle se situait-il à droite ?
Charles de Gaulle est habituellement classé à droite, en raison de son attachement à l’État, à l’autorité présidentielle, à l’indépendance nationale et à une certaine idée de la continuité historique de la France. Cette case reste incomplète. Il récusait le clivage gauche-droite quand il empêchait, selon lui, l’intérêt national et la participation des citoyens aux décisions.
Son programme mêlait des éléments que la droite et la gauche se disputaient : planification économique, nationalisations à la Libération, protection sociale, participation des salariés, défense de la souveraineté et puissance militaire autonome. Le préambule constitutionnel de 1946, auquel renvoie la Constitution de 1958, conserve d’ailleurs plusieurs acquis sociaux issus de la Libération.
De Gaulle cherchait un rassemblement national plutôt qu’une synthèse idéologique. Il voulait réunir des électeurs venus de traditions différentes autour des institutions, de l’indépendance du pays et de l’autorité de l’État. Ses alliés parlementaires se situaient surtout à droite ou au centre droit, mais le gaullisme ne se définit pas par cette seule géographie.
Le Rassemblement du peuple français
Le Rassemblement du peuple français, ou RPF, est la seule formation créée directement par Charles de Gaulle. Lancé à Strasbourg le 14 avril 1947, il naît après le départ du Général du gouvernement provisoire, en janvier 1946. Son but est de combattre le « régime des partis » de la IVe République et de promouvoir une réforme constitutionnelle.
Le mot « rassemblement » compte autant que le mot « peuple ». De Gaulle refuse en principe l’étiquette de parti et appelle des Français de toutes origines à le rejoindre. Dans les faits, le RPF possède des cadres, des fédérations locales, une presse militante et des candidats : il agit donc comme une organisation politique, avec une discipline et des campagnes électorales.
Le mouvement obtient de forts résultats aux municipales d’octobre 1947, puis devient le premier groupe de l’Assemblée nationale après les législatives de 1951, avec 121 députés élus sous son étiquette. Il ne parvient toutefois pas à imposer la révision constitutionnelle attendue. Le scrutin d’apparentement de 1951 limite aussi la traduction de ses voix en sièges.
De Gaulle se retire de la direction active du RPF en 1951, refusant les compromis ministériels qui auraient, à ses yeux, dilué sa ligne. Le mouvement se divise, perd son élan et est mis en sommeil en 1955. Cette expérience éclaire sa réserve durable : un parti peut mobiliser, mais il risque aussi de se refermer sur ses intérêts propres.
L’Union pour la nouvelle République
Lors du retour au pouvoir de 1958, Charles de Gaulle ne ressuscite pas le RPF. L’Union pour la nouvelle République (UNR) est fondée à l’automne 1958 pour soutenir la Constitution de la Ve République et présenter des candidats aux élections législatives de novembre. Elle rassemble des anciens du RPF, des résistants, des élus conservateurs et des soutiens de la nouvelle République.
L’UNR sert de relais parlementaire au pouvoir gaullien, sans devenir un parti que le président dirigerait au quotidien. Michel Debré, Jacques Soustelle, Roger Frey ou encore Jacques Chaban-Delmas figurent parmi les grandes personnalités de cette famille. De Gaulle conserve une distance institutionnelle : élu président en décembre 1958, il doit incarner l’État et non une majorité particulière.
Après le référendum de 1962 sur l’élection présidentielle au suffrage universel direct, l’UNR s’allie à l’Union démocratique du travail et devient l’UNR-UDT. Elle prend le nom d’Union des démocrates pour la Ve République en 1967, puis celui d’Union des démocrates pour la République (UDR) en 1968. Ces changements suivent l’évolution d’une force de soutien vers une majorité gouvernementale installée.
Après le départ de De Gaulle en 1969, l’UDR poursuit son action puis laisse place au Rassemblement pour la République (RPR), fondé par Jacques Chirac en 1976. L’UMP, créée en 2002, puis Les Républicains, fondés en 2015, revendiquent une part de cet héritage. Ils ne constituent pas pour autant les partis personnels de Charles de Gaulle, mort en 1970.
Sa méfiance envers le régime des partis
La défiance gaullienne s’enracine dans les crises de la IIIe République, dans la défaite de 1940 et dans l’instabilité ministérielle de la IVe République. De Gaulle reproche aux coalitions parlementaires de faire primer les calculs de groupe sur la durée de l’action publique. Son discours de Bayeux, prononcé le 16 juin 1946, expose déjà sa vision d’un exécutif fort.
Il ne propose pas de supprimer les partis, qui restent libres sous la Ve République et nécessaires à la représentation politique. Il refuse leur domination sur l’exécutif. La Constitution du 4 octobre 1958 donne ainsi au président un rôle d’arbitre, tandis que le gouvernement conduit la politique de la Nation sous le contrôle du Parlement.
La pratique gaullienne renforce la fonction présidentielle : recours au référendum, dissolution de l’Assemblée nationale en 1962 et 1968, appel direct aux électeurs. Cette lecture ne suffit pas à comprendre toutes les institutions. Pour mesurer son exercice concret du pouvoir entre 1959 et 1969, consultez La présidence de Charles de Gaulle.
Les principes politiques du gaullisme
Le gaullisme repose d’abord sur la souveraineté nationale. De Gaulle défend l’indépendance diplomatique et militaire de la France, tout en recherchant des alliances choisies. La sortie du commandement intégré de l’OTAN en 1966 illustre cette volonté de garder à Paris la maîtrise de ses décisions militaires.
Il repose aussi sur des institutions stables, capables de décider en temps de crise. Le président de la République, élu au suffrage universel direct à partir de 1965, reçoit une légitimité populaire distincte de celle du Parlement. Le référendum doit offrir un lien direct entre le peuple et les grandes orientations nationales.
Enfin, le gaullisme associe l’autorité de l’État à une ambition sociale. La participation, défendue par de Gaulle, vise à donner aux salariés une part accrue aux résultats et à la marche des entreprises. Son référendum de 1969 sur la régionalisation et la réforme du Sénat se solde par un rejet ; fidèle à son engagement, il démissionne le 28 avril.
Le parti politique de Charles de Gaulle fut donc, au sens strict, le RPF. L’UNR et ses héritiers ont porté son action électorale sous la Ve République. Le gaullisme demeure plus large que ces sigles : une conception de la France, des institutions et du rapport direct entre l’État et les citoyens.