Pourquoi de Gaulle a-t-il démissionné en 1969 ?

Le contexte politique après Mai 68

La réponse à la question « pourquoi de Gaulle démissionne en 1969 » commence avec la crise de Mai 68. Grèves, manifestations étudiantes et paralysie économique ont ébranlé l’autorité du chef de l’État, malgré la victoire écrasante des gaullistes aux législatives de juin 1968.

Charles de Gaulle veut alors reprendre l’initiative par une réforme des institutions. Il entend répondre au désir de participation exprimé pendant la crise, tout en restaurant un pouvoir exécutif capable de trancher. Pour replacer cet épisode dans son parcours, voir comment de Gaulle est-il revenu au pouvoir en 1958 ?.

Le climat reste pourtant tendu. Le général a bientôt 79 ans, ses rapports avec son Premier ministre Georges Pompidou se dégradent et une part du pays aspire à un changement de génération. Le référendum devient ainsi un test de confiance à sa personne.

Le projet de référendum de 1969

Le 27 avril 1969, les électeurs doivent approuver ou rejeter un projet de loi soumis au référendum. Le texte associe deux réformes : la création de régions dotées d’assemblées élues et la transformation profonde du Sénat. Cette association oblige les Français à répondre par un seul oui ou non.

De Gaulle choisit le référendum car il y voit l’expression directe de la souveraineté nationale. Cette pratique marque la présidence de Charles de Gaulle, qui avait déjà remporté les consultations constitutionnelles de 1958 et de 1962.

Le projet ne suscite pas l’élan espéré. Beaucoup d’électeurs comprennent la consultation comme un plébiscite sur le maintien du général à l’Élysée. De Gaulle lui-même ne dissipe pas cette lecture : il lie explicitement son avenir au verdict des urnes.

Les enjeux de la régionalisation et du Sénat

La régionalisation prévoit de donner aux régions un statut de collectivité territoriale, avec un conseil régional élu au suffrage indirect. Elles auraient reçu des compétences en matière d’équipement, de développement économique et d’aménagement, dans une France encore très administrée depuis Paris.

La réforme du Sénat rencontre davantage d’hostilité. La chambre haute aurait fusionné avec le Conseil économique et social pour former un Sénat consultatif, composé d’élus locaux et de représentants des forces économiques, sociales et culturelles. Elle aurait perdu son rôle législatif et budgétaire.

Les défenseurs du bicamérisme y voient un affaiblissement d’un contre-pouvoir. Les communistes, les socialistes et les centristes appellent au non pour des raisons différentes ; une partie des gaullistes hésite aussi. Pour comprendre les équilibres de cette famille, lire quel était le parti politique de Charles de Gaulle ?.

La victoire du non

Le non l’emporte avec 52,41 % des suffrages exprimés, contre 47,59 % pour le oui. La participation atteint 80,13 %, ce qui donne au résultat une forte portée politique. Les Français refusent le texte, mais sanctionnent aussi un pouvoir dont ils jugent le cycle achevé.

Georges Pompidou joue un rôle décisif dans ce basculement. Le 27 avril au soir, il laisse entendre qu’il sera candidat à la présidence si le général part. Cette perspective offre une issue de rechange aux électeurs de droite et souligne la fracture au sommet de l’État.

Le rejet ne signifie pas que les régions sont refusées pour toujours. La décentralisation progressera ensuite par étapes, et les régions deviendront des collectivités territoriales en 1982. En avril 1969, c’est la méthode gaullienne et le lien personnel entre référendum et mandat qui sont désavoués.

La démission du 28 avril 1969

Dans la nuit du 27 au 28 avril, depuis Colombey-les-Deux-Églises, Charles de Gaulle publie un communiqué très bref : « Je cesse d’exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd’hui à midi. » Il ne cherche ni compromis parlementaire ni nouveau gouvernement.

Sa décision découle d’un engagement clair : un désaveu référendaire lui retire, à ses yeux, la confiance nécessaire pour gouverner. Le général conçoit sa légitimité comme un lien direct avec le peuple. Après le non, rester aurait contredit cette conception exigeante de la fonction présidentielle.

Les conséquences de son départ

Le président du Sénat, Alain Poher, assure l’intérim conformément à la Constitution. L’élection présidentielle anticipée se tient en juin : Georges Pompidou est élu le 15 juin face à Alain Poher et entre en fonctions le 20 juin 1969.

Charles de Gaulle se retire à Colombey-les-Deux-Églises. Il y rédige le premier tome de ses Mémoires d’espoir, intitulé Le Renouveau, avant sa mort le 9 novembre 1970. Son départ ferme une séquence ouverte en 1958, sans effacer les institutions de la Ve République qu’il a façonnées.

Pourquoi de Gaulle démissionne en 1969 ? Parce qu’il a fait du référendum un mandat personnel, et que le non a remporté la majorité. La réforme régionale et sénatoriale explique le vote ; la promesse de partir explique sa démission immédiate.