Comment de Gaulle est-il revenu au pouvoir en 1958 ?
La traversée du désert de Charles de Gaulle
Charles de Gaulle quitte le gouvernement provisoire le 20 janvier 1946, en désaccord avec un régime parlementaire où les partis dominent l’exécutif. Il poursuit dès lors une critique constante de la IVe République, dont les gouvernements brefs peinent à conduire une politique durable.
Son retrait ne signifie pas l’effacement. Après avoir fondé le Rassemblement du peuple français en 1947, il se met en réserve en 1953, tout en restant une figure disponible dans l’imaginaire politique français. Son parcours, depuis Charles de Gaulle jeune : enfance, formation et débuts militaires, éclaire cette conception exigeante de l’État.
La crise de 1958 rend cette réserve décisive. De Gaulle dispose d’une légitimité forgée par l’appel du 18 Juin, la France libre et la Libération, épisodes retracés dans Charles de Gaulle en 1940 et pendant la Seconde Guerre mondiale. Il refuse toutefois de reprendre le pouvoir par la force : il attend une désignation conforme aux règles républicaines.
La crise algérienne du 13 mai 1958
La guerre d’Algérie, commencée en novembre 1954, épuise la IVe République. À Paris, la chute des ministères nourrit l’impression d’un pouvoir impuissant ; à Alger, une partie de l’armée et des Français d’Algérie redoute qu’un gouvernement civil négocie avec le Front de libération nationale.
Le 13 mai 1958, jour où l’Assemblée nationale doit investir Pierre Pflimlin à la présidence du Conseil, une manifestation tourne à l’insurrection à Alger. Des militaires et des responsables civils prennent le gouvernement général, puis créent un Comité de salut public présidé par le général Jacques Massu.
Le 15 mai, le général Raoul Salan lance depuis le balcon du Gouvernement général un « Vive de Gaulle ! ». Les insurgés demandent un gouvernement dirigé par le Général. Le projet militaire « Résurrection », qui prévoit notamment une intervention sur la métropole, accroît la pression sur les institutions sans constituer le mécanisme légal de son retour.
L’appel au Général
Le 15 mai, de Gaulle déclare qu’il est « prêt à assumer les pouvoirs de la République ». Cette formule entretient l’ambiguïté : elle rassure ceux qui cherchent une issue à la crise, tout en inquiétant une gauche qui redoute un retour porté par les militaires d’Alger.
Le 19 mai, lors d’une conférence de presse au palais d’Orsay, il écarte l’idée d’une dictature et rappelle son attachement au suffrage universel. Il pose aussi sa condition politique : disposer des moyens de refonder les institutions, qu’il juge responsables de l’instabilité ministérielle.
Le président de la République René Coty intervient le 29 mai. Il annonce qu’il a fait appel « au plus illustre des Français » et menace de démissionner si le Parlement refuse cette solution. Les groupes parlementaires, devant le risque de vacance présidentielle et d’extension de la crise, acceptent alors son retour.
Son investiture comme président du Conseil
De Gaulle est nommé président du Conseil le 1er juin 1958. L’Assemblée nationale lui accorde sa confiance par 329 voix contre 224, avec 37 abstentions. Il devient ainsi le dernier président du Conseil de la IVe République, fonction distincte de celle de président de la République qu’il exercera plus tard.
Son gouvernement réunit des sensibilités diverses : Guy Mollet, Pierre Pflimlin, Félix Houphouët-Boigny et Antoine Pinay y siègent notamment. Cette coalition donne une assise parlementaire au cabinet, même si la situation algérienne reste explosive et que les désaccords sur son avenir demeurent profonds.
Le 3 juin, le Parlement vote deux lois majeures. L’une autorise le gouvernement à prendre des ordonnances dans plusieurs domaines ; l’autre l’habilite à préparer une nouvelle Constitution. Le précédent de la fonction occupée par Charles de Gaulle entre 1944 et 1946 aide à comprendre pourquoi il veut alors un exécutif plus stable.
La préparation de la Constitution de la Ve République
La loi constitutionnelle du 3 juin encadre précisément le travail : suffrage universel comme source du pouvoir, séparation des pouvoirs, responsabilité du gouvernement devant le Parlement, indépendance de l’autorité judiciaire et organisation des relations avec les peuples associés à la France. De Gaulle ne reçoit donc pas un blanc-seing juridique.
Michel Debré pilote la rédaction, sous l’autorité du président du Conseil. Des experts, dont Georges Vedel, travaillent au sein d’un comité interministériel ; un comité consultatif constitutionnel, composé pour deux tiers de parlementaires, examine ensuite le texte. Le Conseil d’État rend aussi son avis.
Le projet renforce le chef de l’État, encadre la procédure législative et donne au gouvernement des outils contre l’instabilité. Présenté par de Gaulle place de la République le 4 septembre 1958, il est soumis au référendum du 28 septembre : 79,25 % des suffrages exprimés approuvent le texte, avec une participation d’environ 85 %.
La Constitution est promulguée le 4 octobre 1958. Elle fonde la Ve République, dont les institutions naissent donc d’une procédure mêlant habilitation parlementaire, consultations juridiques et vote populaire. Pour replacer cette séquence dans l’ensemble du destin gaullien, consultez Charles de Gaulle : vie, parcours politique et héritage historique.
Son élection à la présidence
La Constitution de 1958 ne prévoit pas encore l’élection présidentielle au suffrage universel direct, adoptée seulement en 1962. Le 21 décembre 1958, un collège d’environ 80 000 grands électeurs — parlementaires, conseillers généraux et délégués municipaux — élit Charles de Gaulle président de la République.
Il obtient 78,5 % des voix, devant le communiste Georges Marrane et le centriste Albert Châtelet. Il entre en fonctions le 8 janvier 1959. Son arrivée au pouvoir suit donc une chaîne nette : crise algérienne, appel présidentiel, investiture parlementaire, réforme constitutionnelle validée par référendum, puis élection présidentielle.
Cette chronologie corrige une simplification fréquente : les événements d’Alger ont pesé lourdement sur la décision, mais de Gaulle n’a pas été installé par un coup d’État. Son retour résulte d’un compromis sous contrainte, conduit à l’intérieur de la légalité de la IVe République et achevé par la création de la Ve.
Dans ce dossier
- Charles de Gaulle : vie, parcours politique et héritage historique — Vue d’ensemble
- La présidence de Charles de Gaulle
- Quel était le parti politique de Charles de Gaulle ?
- Pourquoi de Gaulle a-t-il démissionné en 1969 ?
- Qui a succédé à Charles de Gaulle ?
- Charles de Gaulle face à Mai 68
- Charles de Gaulle jeune : enfance, formation et débuts militaires
- Charles de Gaulle en 1940 et pendant la Seconde Guerre mondiale
- Quelle fonction occupait Charles de Gaulle entre 1944 et 1946 ?
- La famille de Charles de Gaulle
- La mort de Charles de Gaulle : date, âge et circonstances
- Quelle était la taille de Charles de Gaulle ?
- Les livres et écrits de Charles de Gaulle
- Pourquoi Charles de Gaulle est-il un personnage important ?
- « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré ! » : explication
- Le film consacré à de Gaulle : acteurs, personnages et lieux de tournage
- Faire un exposé sur Charles de Gaulle