Charles de Gaulle et la France libre

La création de la France libre

Le 17 juin 1940, Charles de Gaulle quitte Bordeaux pour Londres. Le gouvernement du maréchal Pétain vient de demander l’arrêt des combats ; le général refuse l’idée que la défaite militaire mette fin à la France. Son départ, ses raisons et ses marges de manœuvre sont détaillés dans Pourquoi Charles de Gaulle est-il parti en Angleterre en 1940 ?.

Le 18 juin, la BBC lui ouvre son antenne. L’appel ne touche alors qu’un public restreint, mais il fixe une ligne politique : la guerre est mondiale, l’Empire français et les alliés peuvent fournir les moyens de la poursuivre. Pour replacer ce texte dans les journées de juin, voir L’appel du 18 Juin 1940 : date, contexte et objectif.

De Gaulle transforme vite cette parole en organisation. Le 28 juin 1940, Winston Churchill le reconnaît comme « chef des Français libres ». L’accord franco-britannique du 7 août donne à la France libre une base financière et administrative à Londres, tout en affirmant que les territoires libérés resteront français.

Le ralliement des territoires et des combattants

Une autorité sans territoire serait restée symbolique. Félix Éboué, gouverneur du Tchad, rallie la France libre le 26 août 1940. Le Cameroun suit le 27 août, le Congo le 28, puis l’Oubangui-Chari le 29 : l’Afrique française libre offre à de Gaulle un espace, des ressources et une profondeur stratégique.

Le Gabon reste fidèle à Vichy jusqu’à l’opération de novembre 1940. Cette conquête rappelle que les ralliements ne relèvent pas tous d’un élan spontané. La France libre doit convaincre des administrateurs, sécuriser des ports et des aérodromes, lever des soldats, tout en montrant qu’elle peut gouverner.

Les volontaires arrivent aussi de métropole, des colonies et des unités dispersées après la campagne de France. Ils sont peu nombreux au départ : marins, aviateurs, soldats évacués à Dunkerque ou venus d’Afrique. Leur choix engage souvent une rupture avec leur hiérarchie, leur famille et un avenir très incertain.

Les Forces françaises libres

Les Forces françaises libres, ou FFL, forment le bras militaire de ce mouvement. Elles réunissent des unités terrestres, navales et aériennes sous commandement français, engagées aux côtés des Britanniques puis des autres Alliés. La 1re division française libre combat ainsi en Érythrée, en Libye, à Bir Hakeim en 1942, puis en Italie et en France.

De Gaulle veut des troupes françaises identifiables, avec leurs chefs, leurs drapeaux et leur chaîne de commandement. Cette exigence répond à un enjeu diplomatique : une France qui combat peut parler lors de la victoire. La Croix de Lorraine, choisie en juillet 1940 face à la croix gammée, devient le signe visible de cette continuité nationale.

La France libre comprend aussi des services civils : radio, presse, renseignement, diplomatie, finances et administration des territoires ralliés. Le Bureau central de renseignements et d’action, créé en 1940 et dirigé par le colonel Passy, établit des liaisons avec la Résistance intérieure. Pour comprendre le choix stratégique initial du général, lire Pourquoi de Gaulle voulait-il continuer la guerre ?.

Les relations avec Churchill et Roosevelt

Churchill soutient de Gaulle parce que la Grande-Bretagne a besoin de maintenir une présence française dans la guerre. Leur relation reste tendue. Londres veut ménager ses intérêts impériaux et traiter avec les autorités françaises qu’elle juge utiles ; de Gaulle défend sans relâche l’indépendance de la décision française.

L’épisode de Dakar, en septembre 1940, illustre ce désaccord. L’expédition franco-britannique échoue à faire rallier l’Afrique occidentale française et des tirs opposent Français libres et forces vichystes. De Gaulle en tire une leçon : sa légitimité ne peut dépendre d’une armée britannique ni d’une simple reconnaissance étrangère.

Avec Franklin Roosevelt, la défiance est plus forte. Le président américain préfère longtemps des interlocuteurs comme l’amiral Darlan ou le général Giraud, qu’il estime plus maniables. Après le débarquement allié en Afrique du Nord en novembre 1942, de Gaulle doit imposer sa place par les ralliements, l’action militaire et l’unification progressive des autorités françaises.

Le passage de la France libre à la France combattante

Le nom de France libre désigne d’abord les Français qui ont rejoint Londres et les territoires ralliés. Le 13 juillet 1942, de Gaulle lui substitue l’expression « France combattante ». Elle englobe les forces extérieures et ceux qui luttent en France occupée, sans exiger d’eux un départ vers l’Angleterre.

Ce changement répond à une réalité nouvelle : les réseaux, les journaux clandestins, les maquis et les mouvements de résistance prennent une ampleur décisive. Jean Moulin, envoyé par de Gaulle, travaille à les unir. Le Conseil national de la Résistance, réuni pour la première fois le 27 mai 1943, donne une représentation politique à cette unité recherchée.

La légitimité gaullienne repose alors sur des actes précis : poursuivre la guerre, administrer les territoires fidèles, fédérer la Résistance et préparer l’État futur. Vichy, né du vote des pleins pouvoirs constituants à Pétain le 10 juillet 1940, collabore avec l’occupant ; de Gaulle revendique la continuité républicaine interrompue par ce régime.

La préparation du retour de la République

Le Comité national français, créé à Londres le 24 septembre 1941, pose les bases d’un gouvernement en guerre. Après l’union avec Giraud, le Comité français de libération nationale s’installe à Alger le 3 juin 1943. Il administre les territoires libérés, lève des forces et prépare les textes nécessaires au rétablissement de la légalité républicaine.

L’ordonnance du 9 août 1944 affirme que la République n’a jamais cessé d’exister et déclare nuls les actes constitutionnels de Vichy. Le Gouvernement provisoire de la République française, issu du CFLN, peut ainsi s’installer à Paris après la Libération. Cette construction politique explique pourquoi la France retrouve une voix propre parmi les vainqueurs.

Charles de Gaulle n’a donc pas organisé une simple dissidence militaire : il a bâti un pouvoir français concurrent de Vichy, capable de combattre, d’administrer et de restaurer la République. Pour suivre l’ensemble de cette trajectoire, de juin 1940 à la Libération, consulter Charles de Gaulle en 1940 et pendant la Seconde Guerre mondiale.