Pourquoi Charles de Gaulle est-il parti en Angleterre en 1940 ?
Charles de Gaulle part en Angleterre le 17 juin 1940 parce qu’il refuse que la défaite militaire entraîne la sortie de la France de la guerre. À Bordeaux, où le gouvernement s’est replié, il voit l’armistice se préparer tandis que le Royaume-Uni entend poursuivre le combat contre l’Allemagne nazie.
Son départ relève d’un choix politique autant que militaire : préserver une parole française libre, chercher l’appui britannique et organiser la continuité de la guerre. Pour replacer cet épisode dans son parcours, consultez la page Charles de Gaulle en 1940 et pendant la Seconde Guerre mondiale.
La défaite militaire française
Le 10 mai 1940, l’armée allemande attaque à l’Ouest. Sa percée à Sedan, du 13 au 15 mai, désorganise le front français et permet aux blindés de gagner rapidement la Manche. Les armées alliées se trouvent coupées, malgré l’évacuation de nombreux soldats à Dunkerque entre le 26 mai et le 4 juin.
Colonel promu général de brigade à titre temporaire le 1er juin, de Gaulle a commandé la 4e division cuirassée. Ses contre-attaques à Montcornet, le 17 mai, puis vers Abbeville à partir du 28 mai, restent limitées mais nourrissent sa conviction : chars, aviation et industrie peuvent encore peser dans une guerre devenue mondiale.
Le choix de l’armistice par le gouvernement
Le 6 juin, le président du Conseil Paul Reynaud nomme de Gaulle sous-secrétaire d’État à la Guerre et à la Défense nationale. Il participe alors aux discussions avec les Britanniques. Reynaud souhaite continuer la lutte depuis l’empire colonial français, soutenu sur ce point par plusieurs ministres, dont Georges Mandel.
Une autre ligne l’emporte peu à peu. Le maréchal Pétain, vice-président du Conseil depuis le 18 mai, juge nécessaire de demander les conditions d’un armistice. Le 16 juin, le projet d’Union franco-britannique, proposé par Jean Monnet et accepté par Churchill, tente sans succès d’empêcher cette rupture : le gouvernement Reynaud démissionne le soir même.
Pétain devient président du Conseil et annonce le 17 juin qu’il faut « cesser le combat ». De Gaulle estime qu’une négociation avec l’Allemagne priverait la France de sa liberté d’action, alors que le conflit se poursuit sur mer, dans les airs, dans l’Empire et grâce aux ressources des Alliés.
Le départ de Bordeaux vers Londres
De Gaulle avait déjà effectué plusieurs missions à Londres, notamment le 9 juin puis les 15 et 16 juin. Il connaît Churchill et les responsables britanniques, sans appartenir à leur cercle intime. Le 17 juin, il décide de repartir alors que le nouveau gouvernement français s’oriente vers la demande d’armistice.
Il embarque depuis Bordeaux-Mérignac dans l’avion du général britannique Edward Spears, envoyé de Churchill. Son épouse Yvonne et leurs trois enfants restent en France. Le geste est risqué : il quitte le territoire sans mandat du nouveau pouvoir, avec quelques proches et sans troupe à commander.
Le soutien recherché auprès de Churchill
À Londres, de Gaulle cherche d’abord un moyen de parler aux Français. Churchill accepte qu’il utilise la BBC, tout en restant prudent : le gouvernement britannique doit encore composer avec les autorités françaises. La radio donne pourtant à un officier presque inconnu du grand public une portée que son grade ne lui procurait pas.
Son intervention du 18 juin appelle soldats, ingénieurs et ouvriers de l’armement à rejoindre la lutte. Elle affirme que la défaite de la bataille de France ne décide pas du sort de la guerre. Le texte, ses conditions de diffusion et son objectif sont détaillés dans L’appel du 18 Juin 1940 : date, contexte et objectif.
Les conséquences politiques de ce départ
En choisissant Londres, de Gaulle rompt avec le gouvernement installé à Bordeaux, puis à Vichy. Il se présente comme le défenseur de la poursuite de la guerre et de la souveraineté française, sans disposer encore d’une reconnaissance officielle ni d’un appareil d’État. Les premiers ralliements sont peu nombreux, mais ils donnent naissance à la France libre.
Le régime de Vichy le poursuit pour désobéissance et trahison ; un tribunal militaire le condamne à mort par contumace le 2 août 1940. Son départ fixe donc une fracture durable : Vichy administre la France soumise à l’armistice, tandis que de Gaulle construit depuis Londres une autorité française engagée aux côtés des Alliés.
Pourquoi le général de Gaulle est parti en Angleterre tient ainsi à une décision précise : refuser l’armistice comme horizon final de la France et obtenir les moyens de continuer la guerre. Londres lui offre une tribune, un allié et un point d’appui pour faire exister cette décision politique.