Quel était le rôle de Charles de Gaulle en 1944 ?

De Gaulle à la tête du Gouvernement provisoire

En 1944, Charles de Gaulle dirige le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF). Son rôle politique répond à une urgence : empêcher que la France libérée soit administrée par les Alliés ou par une autorité née de Vichy. Il veut que l’État français reprenne sans délai sa continuité républicaine.

Le GPRF est constitué à Alger le 3 juin 1944, à partir du Comité français de Libération nationale. De Gaulle en assure la présidence. Il rassemble des représentants de la France combattante, des mouvements de Résistance et des forces politiques appelées à préparer le retour d’institutions démocratiques.

Cette position résulte d’un combat engagé quatre ans plus tôt. Pour replacer 1944 dans cette trajectoire, la page consacrée à Charles de Gaulle en 1940 et pendant la Seconde Guerre mondiale retrace le passage de l’officier isolé de Londres au chef d’un gouvernement reconnu.

De Gaulle refuse le projet américain d’AMGOT, une administration militaire alliée envisagée pour les territoires français libérés. Son gouvernement doit exercer l’autorité civile, nommer les préfets et parler au nom de la France. La souveraineté se joue donc autant dans les bureaux administratifs que sur les champs de bataille.

Son autorité s’appuie sur une légitimité forgée dans la guerre. L’appel du 18 Juin 1940 : date, contexte et objectif éclaire le principe qui guide son action : la défaite militaire n’a pas supprimé la France ni son droit à poursuivre le combat.

Son retour en France libérée

Le 14 juin 1944, huit jours après le débarquement de Normandie, de Gaulle arrive à Courseulles-sur-Mer. Il gagne Bayeux, première sous-préfecture libérée, où la foule l’acclame. Cette visite affirme une idée simple : le gouvernement français revient sur le sol national avec ses propres représentants.

À Bayeux, il installe François Coulet comme commissaire de la République. Les commissaires remplacent les autorités liées à Vichy et rétablissent l’administration légale dans les régions libérées. Cette action concrète évite un vide de pouvoir au rythme de l’avancée alliée.

De Gaulle ne revient pas en simple chef militaire. Il incarne un État qui entend gouverner, rétablir les services publics et préparer les élections. La Résistance intérieure, les Forces françaises de l’intérieur et les armées françaises forment les appuis indispensables de cette reprise en main.

Cette légitimité ne s’est pas improvisée en juin 1944. Elle s’enracine dans l’organisation politique et militaire présentée par la page Charles de Gaulle et la France libre, qui a donné à la France combattante un drapeau, des institutions et des combattants.

La descente des Champs-Élysées

Paris se libère lors de l’insurrection commencée le 19 août 1944, puis avec l’entrée de la 2e division blindée du général Leclerc et de la 4e division d’infanterie américaine. Le 25 août, le gouverneur allemand Dietrich von Choltitz capitule. Le soir même, de Gaulle prononce à l’Hôtel de Ville son discours sur « Paris outragé », désormais libéré.

Le 26 août, il descend les Champs-Élysées, de l’Arc de triomphe à la place de la Concorde, avant de gagner Notre-Dame. Les tirs qui éclatent autour de la cathédrale rappellent que la guerre n’est pas achevée. La cérémonie donne pourtant une image forte du retour de la République dans sa capitale.

Cette marche ne célèbre pas une victoire personnelle. Elle rend visible l’autorité du GPRF devant les Parisiens, les résistants et les Alliés. En déclarant que Paris est libéré « par lui-même, par son peuple », de Gaulle défend la place active des Français dans leur propre Libération.

Le symbole répond aussi à son choix de 1940 : maintenir la France dans la guerre afin qu’elle siège parmi les vainqueurs. La page Pourquoi de Gaulle voulait-il continuer la guerre ? permet de comprendre cet enjeu politique, décisif en 1944.

Le rétablissement de la légalité républicaine

Le texte central est l’ordonnance du 9 août 1944 relative au rétablissement de la légalité républicaine sur le territoire continental. Elle affirme que « la forme du gouvernement de la France est et demeure la République ». Elle refuse ainsi de considérer la Libération comme la naissance d’un nouveau régime.

L’ordonnance déclare nuls les actes constitutionnels, lois et décrets de Vichy contraires aux principes républicains. Le régime instauré après le vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain, le 10 juillet 1940, est tenu pour illégitime. La République est réputée n’avoir jamais cessé d’exister.

Ce choix permet de rétablir préfets, maires, tribunaux et administrations sous l’autorité du GPRF. Il ouvre aussi les grands chantiers de l’après-guerre : épuration légale, droit de vote des femmes accordé par l’ordonnance du 21 avril 1944, puis préparation d’une Assemblée constituante élue en 1945.

La continuité républicaine donne un cadre aux transformations sociales et politiques de la Libération. Elle évite que l’État soit réduit à l’héritage de Vichy ou à une simple administration provisoire sous contrôle étranger. De Gaulle place ainsi le droit au service de la reconquête nationale.

La reconnaissance internationale de son gouvernement

La reconnaissance du GPRF par les grandes puissances scelle la restauration de la souveraineté française. Les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union soviétique reconnaissent le gouvernement de de Gaulle le 23 octobre 1944. Cette décision intervient après des mois de relations difficiles, surtout avec le président Roosevelt.

Le GPRF peut alors nommer des ambassadeurs, négocier et représenter officiellement le pays. La France participe aux opérations finales contre l’Allemagne, administre ses territoires libérés et retrouve sa voix diplomatique. Elle obtient ensuite une zone d’occupation en Allemagne et un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU en 1945.

Le départ pour Londres, le 17 juin 1940, prend ici tout son sens politique : il rend possible l’existence d’une France alliée, distincte de Vichy. La page Pourquoi Charles de Gaulle est-il parti en Angleterre en 1940 ? revient sur cette décision qui prépare le retour de 1944.

En 1944, Charles de Gaulle obtient donc trois résultats liés : un gouvernement français exerce le pouvoir sur le territoire libéré, la République recouvre sa légalité et la France retrouve un rang international. Ces acquis donnent à la Libération sa portée institutionnelle, bien au-delà de la victoire militaire.