Pourquoi de Gaulle voulait-il continuer la guerre ?

Son analyse de la défaite de 1940

Charles de Gaulle veut continuer la guerre parce qu’il distingue une défaite militaire française d’une défaite définitive. En juin 1940, l’offensive allemande a brisé le front, encerclé des armées et jeté sur les routes des millions de civils. Il ne minimise ni le désastre ni l’épuisement des troupes.

Colonel devenu général de brigade à titre temporaire le 1er juin, puis sous-secrétaire d’État à la Défense nationale et à la Guerre le 6 juin, il avait plaidé avant-guerre pour des forces blindées mobiles. Les combats de Montcornet, du 17 au 30 mai, puis d’Abbeville, lui ont montré qu’une contre-attaque restait possible à l’échelle locale, sans pouvoir inverser la campagne.

Son diagnostic porte aussi sur le commandement et la stratégie. La France a perdu une bataille décisive sur son sol, après la percée de Sedan et l’encerclement allié du Nord, mais l’Allemagne n’a pas conquis tous les moyens français de combattre. Confondre l’effondrement de mai-juin avec la fin de la guerre lui paraît donc une erreur politique.

Cette idée éclaire le départ du général pour Londres le 17 juin. La chronologie, les contacts britanniques et le refus de servir une politique d’armistice sont détaillés dans Pourquoi Charles de Gaulle est-il parti en Angleterre en 1940 ?. Il cherche alors un lieu d’action, non un refuge personnel.

La dimension mondiale du conflit

Pour de Gaulle, la guerre de 1939-1945 dépasse dès l’origine le tête-à-tête entre Paris et Berlin. Le Royaume-Uni poursuit le combat après l’évacuation de Dunkerque ; son empire, sa flotte et ses liaisons maritimes lui donnent des ressources que la bataille de France n’a pas détruites. L’Allemagne affronte donc encore une puissance majeure.

Dans son appel radiodiffusé du 18 juin, il affirme : « Cette guerre est une guerre mondiale. » La formule vise un fait stratégique : les capacités industrielles, navales et financières des adversaires de l’Axe compteront davantage que le sort d’une seule campagne. Les États-Unis restent neutres en juin 1940, mais leur production et leur soutien possible pèsent déjà dans son raisonnement.

Il ne fonde pas sa décision sur une victoire rapide. Il accepte au contraire une guerre longue, faite de blocus, de production d’armes, de contrôle des mers et de mobilisation des territoires. L’invasion allemande de l’Union soviétique, en juin 1941, puis l’entrée en guerre américaine après Pearl Harbor confirmeront cette lecture mondiale, sans pouvoir la justifier rétrospectivement à elle seule.

Le texte et la portée de cette intervention sont précisés dans L’appel du 18 Juin 1940 : date, contexte et objectif. L’appel ne promet pas une issue facile : il refuse d’abandonner les conditions qui permettraient à la France de peser dans l’issue du conflit.

Le rôle attendu de l’Empire français

L’Empire français constitue, à ses yeux, l’un de ces moyens. En 1940, la France dispose de territoires en Afrique, au Levant, dans les Antilles, dans l’océan Indien et en Indochine, ainsi que de ports, de soldats et de matières premières. Leur dispersion géographique rend impossible une capitulation totale par la seule occupation de la métropole.

De Gaulle imagine de poursuivre la guerre depuis l’Afrique du Nord, éventuellement avec l’appui britannique. Ce projet échoue en juin : le gouvernement du maréchal Pétain choisit de demander l’armistice, et l’essentiel de l’Empire se rallie d’abord à Vichy. L’Empire n’est donc pas une armée immédiatement disponible ; il devient un enjeu de souveraineté et de ralliement.

La France libre obtient ses premiers succès territoriaux à partir de l’été 1940 : les Nouvelles-Hébrides, puis plusieurs territoires d’Afrique équatoriale française se rallient, tandis que le Gabon bascule en novembre. Ces appuis donnent à de Gaulle une base administrative, militaire et symbolique. Ils permettent aussi de parler au nom d’une France combattante, malgré des effectifs initiaux réduits.

Cette stratégie explique son refus de considérer le territoire métropolitain comme l’unique mesure de l’existence nationale. Pour suivre l’ensemble de cette séquence, des combats de 1940 à la construction de la France libre, consultez Charles de Gaulle en 1940 et pendant la Seconde Guerre mondiale.

Sa confiance dans les Alliés

De Gaulle mise d’abord sur la Grande-Bretagne. Le cabinet de Winston Churchill refuse toute paix négociée avec Hitler et conserve la Royal Navy, instrument central pour protéger les routes maritimes et maintenir le lien avec l’Empire britannique. Londres offre aussi une radio, une reconnaissance politique progressive et un point d’appui aux volontaires français.

Cette confiance reste lucide. Les intérêts britanniques ne coïncident pas toujours avec ceux de la France libre, comme le montre l’échec de l’opération de Dakar en septembre 1940. De Gaulle entend pourtant empêcher que la France soit réduite à un territoire vaincu administré depuis Vichy ou traité comme un simple auxiliaire des Alliés.

Continuer la guerre sert donc un double objectif : contribuer à la victoire alliée et préserver une voix française à la table de la paix. Sans forces françaises engagées, sans territoires ralliés et sans autorité politique distincte, la France risquerait de subir les décisions des vainqueurs. Son choix est militaire, mais il vise déjà le rang futur du pays.

Le refus politique et moral de l’armistice

Le 17 juin 1940, Philippe Pétain annonce qu’il faut « cesser le combat ». De Gaulle répond le lendemain depuis Londres, avant même la signature de l’armistice le 22 juin, entré en vigueur le 25. Il refuse que le gouvernement français transforme une défaite de campagne en décision de sortie de guerre.

Son opposition est politique : l’armistice place une partie du pays sous occupation allemande, limite les forces armées et soumet l’État français à de fortes contraintes. Elle est aussi institutionnelle. De Gaulle ne reconnaît pas qu’un gouvernement, sous la pression de l’invasion, puisse disposer librement de l’indépendance nationale et des ressources de l’Empire.

Le motif moral ne relève pas d’une formule abstraite. Accepter l’armistice revient, selon lui, à abandonner les alliés britanniques, les soldats encore mobilisables et les Français qui refusent la domination nazie. Il veut maintenir une continuité de combat afin que la défaite n’efface ni l’honneur militaire ni la responsabilité politique de la France.

Pourquoi de Gaulle veut continuer la guerre ? Parce qu’il juge la France battue en métropole, mais encore capable de combattre avec l’Empire et les Alliés. Son refus de l’armistice prépare la France libre : une autorité fragile en 1940, devenue l’instrument indispensable du retour français parmi les nations victorieuses.