Charles de Gaulle en 1940 et pendant la Seconde Guerre mondiale

De Gaulle dans la bataille de France

Au printemps 1940, Charles de Gaulle reste un officier connu dans les milieux militaires, sans être une figure nationale. Colonel depuis 1937, il défend depuis les années 1930 une armée plus mobile, appuyée sur les chars et l’aviation. Ses idées, exposées dans Vers l’armée de métier en 1934, rencontrent peu d’échos dans une armée française encore organisée autour de l’infanterie.

Le 10 mai 1940, l’offensive allemande ouvre la bataille de France. Le 15 mai, de Gaulle reçoit le commandement de la 4e division cuirassée de réserve, une unité formée dans l’urgence et incomplètement équipée. Il mène une contre-attaque à Montcornet le 17 mai : ses chars avancent, bousculent des éléments ennemis, puis doivent se replier faute de soutien aérien et d’infanterie suffisants.

Du 28 au 30 mai, sa division intervient au sud d’Abbeville pour tenter de réduire une tête de pont allemande sur la Somme. Ces actions ne changent pas l’issue militaire, déjà compromise par la percée de Sedan et l’encerclement des armées alliées. Elles révèlent toutefois un chef prêt à agir dans un cadre où le repli domine.

Cette séquence éclaire le chemin parcouru depuis les années de formation racontées dans Charles de Gaulle jeune, de l’enfance aux débuts militaires. L’expérience de Verdun, la captivité durant la Grande Guerre et son travail d’officier instructeur ont nourri chez lui une réflexion constante sur le commandement et la guerre moderne.

Sa nomination au gouvernement en juin 1940

Le 1er juin 1940, le gouvernement le promeut général de brigade à titre temporaire. Trois jours plus tard, le président du Conseil Paul Reynaud le nomme sous-secrétaire d’État à la Défense nationale et à la Guerre. À 49 ans, il entre au gouvernement alors que les troupes allemandes progressent vers Paris.

Sa mission consiste à coordonner les efforts avec le Royaume-Uni et à chercher les moyens de poursuivre le combat. Il effectue plusieurs voyages à Londres, où il rencontre Winston Churchill et des responsables britanniques. Il plaide pour l’emploi commun des ressources militaires, navales et industrielles des deux pays.

Le 16 juin, Jean Monnet et des responsables britanniques proposent un projet d’Union franco-britannique, destiné à empêcher une paix séparée. De Gaulle participe aux échanges à Londres, tandis que la crise politique s’aggrave à Bordeaux. Le soir même, Paul Reynaud démissionne ; le maréchal Pétain devient président du Conseil.

Le refus de l’armistice

Le 17 juin, Pétain annonce à la radio qu’il faut « cesser le combat ». Pour de Gaulle, cette orientation ne résout rien : la France possède encore son empire, sa flotte et des alliés, dont le Royaume-Uni. Il estime que la défaite sur le sol métropolitain ne ferme pas la guerre mondiale.

Son refus repose sur une lecture stratégique autant que politique. L’Allemagne affronte toujours l’Empire britannique et l’aide américaine paraît possible, même si les États-Unis ne sont pas encore entrés en guerre. La capitulation militaire recherchée par le nouveau gouvernement risque aussi de placer durablement la France sous la domination allemande.

L’armistice est signé le 22 juin à Rethondes et entre en vigueur le 25 juin. De Gaulle refuse d’en accepter les conséquences. Son geste ne représente alors ni une armée constituée ni un mouvement de masse : il ouvre une rupture solitaire avec les autorités françaises qui choisissent la voie de Vichy.

Le départ pour Londres

Le 17 juin 1940, Charles de Gaulle quitte Bordeaux pour Londres à bord d’un avion britannique, accompagné de son aide de camp Geoffroy Chodron de Courcel. Le général britannique Edward Spears facilite ce départ. Il emporte peu de bagages et aucune base institutionnelle assurée.

À Londres, Churchill l’autorise à s’exprimer sur la BBC. L’accord britannique répond à un besoin immédiat : maintenir une parole française favorable à la poursuite de la guerre. De Gaulle n’est pas encore reconnu comme le représentant officiel de la France ; sa légitimité reste entièrement à construire.

Cette journée fixe le basculement du militaire vers le responsable politique. Il décide de parler en son nom, contre la ligne du gouvernement légal, et appelle des Français à continuer le combat hors du territoire occupé. La portée du choix dépasse largement les moyens disponibles le 17 juin.

L’appel du 18 Juin et la naissance de la France libre

Le 18 juin 1940, de Gaulle prononce depuis Londres son appel radiodiffusé. Il y affirme que la guerre n’est pas terminée et invite soldats, ingénieurs et ouvriers qualifiés présents au Royaume-Uni à le rejoindre. La diffusion touche peu d’auditeurs sur le moment, dans une France en plein exode et soumise à la désorganisation des communications.

Le texte original enregistré le 18 juin n’a pas été conservé. La version la plus connue, publiée ensuite dans la presse britannique et proche de ses thèmes, a fixé la mémoire collective. La formule « la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre » appartient à la version affichée et diffusée les jours suivants.

Le 28 juin, le gouvernement britannique reconnaît de Gaulle comme « chef des Français libres ». En juillet, l’expression France libre désigne l’organisation qu’il met en place : Forces françaises libres, services administratifs, réseau de ralliements et parole politique. Les premiers volontaires restent peu nombreux, mais l’initiative offre un cadre à ceux qui refusent l’armistice.

Pour préparer une commémoration familiale ou scolaire sans réduire l’événement à une image figée, cette page sur la décoration DIY pour le 18 Juin propose des pistes sobres fondées sur les symboles et les sources. L’appel prend aussi sens lorsqu’on le relie aux engagements concrets de la Résistance intérieure.

Son rôle jusqu’à la Libération

Entre 1940 et 1944, de Gaulle cherche à unir des forces dispersées sans les confondre. Il obtient le ralliement de plusieurs territoires de l’empire, notamment le Tchad sous l’impulsion de Félix Éboué en août 1940. Les Forces françaises libres combattent ensuite en Afrique, au Levant, en Italie et lors du débarquement de Provence.

Il entend aussi parler au nom de la Résistance intérieure. Jean Moulin, envoyé en France en 1942, contribue à fédérer les mouvements autour du Conseil national de la Résistance, créé en mai 1943. Pour saisir les réalités locales derrière ce cadre national, un exposé sur la Résistance dans les Hauts-de-France aide à distinguer réseaux, mouvements, presse clandestine et actions armées.

À Alger, le Comité français de la Libération nationale, créé en juin 1943 avec Henri Giraud, devient progressivement l’outil politique de de Gaulle. Il en prend seul la direction à l’automne. Le 3 juin 1944, le Comité devient Gouvernement provisoire de la République française, affirmant la continuité républicaine face au régime de Vichy.

Le 14 juin 1944, de Gaulle revient sur le sol français à Courseulles-sur-Mer. Il entre dans Paris libéré le 25 août, le jour de la capitulation du général von Choltitz, puis descend les Champs-Élysées le lendemain. L’officier isolé de juin 1940 est devenu le chef d’un gouvernement français reconnu par les Alliés.

Pour replacer ce basculement dans l’ensemble de son existence, des débuts lillois à l’après-guerre, consultez Charles de Gaulle : vie, parcours politique et héritage historique. L’année 1940 y apparaît comme le point de départ d’une autorité bâtie par la guerre, les ralliements et la restauration de l’État républicain.