Charles de Gaulle pendant la Première Guerre mondiale
La Première Guerre mondiale conduit Charles de Gaulle des combats de Belgique et de Champagne aux camps de prisonniers allemands. Officier du 33e régiment d’infanterie, blessé trois fois puis capturé à Verdun, il y acquiert une expérience concrète de la guerre industrielle, de l’autorité et de la captivité.
Ce parcours éclaire l’homme de 1940 sans le réduire à une origine unique. Pour replacer ces années dans une biographie plus large, la page Qui était Charles de Gaulle avant 1940 ? suit les étapes qui mènent du jeune officier au chef politique.
De Gaulle officier en 1914
Né à Lille en 1890, Charles de Gaulle sort de Saint-Cyr en 1912. Il choisit le 33e régiment d’infanterie, cantonné à Arras et commandé par le colonel Philippe Pétain. Promu lieutenant le 1er octobre 1913, il appartient à une armée française encore marquée par l’offensive à outrance.
Lorsque la guerre éclate en août 1914, le 33e RI marche vers la Belgique. De Gaulle commande une section : il doit faire avancer, orienter et maintenir ses hommes sous le feu, à une échelle très éloignée des grands états-majors. Cette pratique du commandement direct restera centrale dans son jugement sur les chefs militaires.
La guerre dément vite les certitudes de l’été 1914. Mitrailleuses, artillerie lourde, réseaux de barbelés et tranchées imposent une puissance de feu que l’élan seul ne peut briser. Le jeune lieutenant voit la rapidité des mouvements initiaux céder la place à un front immobilisé.
Ses blessures sur le front
Le 15 août 1914, à Dinant, Charles de Gaulle reçoit une balle au genou pendant les combats. Évacué, il reprend le service après sa convalescence. La blessure survient dès les premières semaines et rappelle la vulnérabilité des officiers, souvent visibles lorsqu’ils guident leur unité.
Il est blessé une deuxième fois le 10 mars 1915, en Champagne, près de Mesnil-lès-Hurlus : un éclat atteint sa main. Entre-temps, il a été promu capitaine. À 24 ans, il commande donc une compagnie dans une guerre de position où chaque attaque coûte cher pour gagner quelques centaines de mètres.
Ces blessures ne relèvent pas d’un récit héroïque abstrait : elles rythment le service d’un combattant régulièrement renvoyé vers le front. Pour étudier ce type de parcours familial ou scolaire avec des pièces originales, les conseils pour préserver lettres, photos et médailles retrouvées au grenier aident à manipuler et classer les traces sans les abîmer.
Sa capture à Douaumont en 1916
En février 1916, l’armée allemande lance son offensive sur Verdun. Le capitaine de Gaulle et sa compagnie sont engagés dans le secteur de Douaumont, lieu devenu emblématique après la prise du fort par les Allemands le 25 février. Le combat se déroule parmi les ruines du village, sous des tirs continus et dans une visibilité réduite.
Le 2 mars 1916, durant une tentative française de reprise du terrain, de Gaulle est blessé à la cuisse par un coup de baïonnette. Asphyxié par les fumées et laissé pour mort dans la confusion, il est retrouvé vivant et fait prisonnier par les Allemands. Cette troisième blessure met fin à son expérience du front avant l’armistice.
Sa capture ne doit donc pas être confondue avec une reddition choisie. Elle intervient après l’encerclement de sa compagnie et une lutte au corps à corps. À partir de ce jour, sa guerre se poursuit derrière les barbelés, loin de ses camarades du 33e RI.
Ses tentatives d’évasion
Charles de Gaulle passe environ trente-deux mois en captivité, de mars 1916 à la fin de 1918. Les autorités allemandes le transfèrent entre plusieurs lieux de détention, dont Ingolstadt et la forteresse de Wülzburg, en Bavière. Ces déplacements visent aussi à empêcher les prisonniers d’établir des habitudes et des complicités utiles à une fuite.
Il tente de s’évader à cinq reprises et échoue chaque fois. Déguisements, franchissement de clôtures, préparation de sorties : ses projets montrent une volonté tenace de rejoindre la France, devoir que beaucoup d’officiers prisonniers considèrent comme prioritaire. Chaque reprise entraîne une surveillance accrue et des conditions de détention plus strictes.
À Ingolstadt, il côtoie notamment le futur maréchal soviétique Mikhaïl Toukhatchevski, lui aussi captif. Leurs échanges portent sur les opérations et l’avenir des armées. Libéré après l’armistice, de Gaulle rentre en France avec une expérience singulière : il a connu la bataille, la blessure et l’impuissance forcée du prisonnier.
L’influence de la guerre sur sa pensée militaire
La Grande Guerre ne fournit pas à Charles de Gaulle une doctrine toute faite. Elle lui apprend toutefois le poids décisif du feu, l’usure des offensives frontales et la nécessité de chefs capables d’agir dans l’incertitude. Ses années au 33e RI nourrissent aussi son estime durable pour Pétain, avant que leurs chemins politiques ne divergent radicalement en 1940.
Après 1918, il reprend du service, participe à la mission militaire française en Pologne puis travaille auprès de Pétain. Ses livres et conférences des années 1920 et 1930 défendent une armée professionnelle, mobile et équipée de blindés, appuyée par l’aviation. Dans Vers l’armée de métier, publié en 1934, il critique l’immobilisme stratégique et plaide pour des unités mécanisées capables de percer et d’exploiter rapidement une victoire.
Il serait faux d’y voir une simple leçon tirée de Verdun : ses idées viennent aussi de ses lectures, de son travail d’état-major et des débats militaires de l’entre-deux-guerres. La Première Guerre mondiale lui donne toutefois le matériau vécu qui rend sa réflexion concrète : une armée doit prévoir, se mouvoir et conserver l’initiative, sous peine de subir les choix de l’adversaire.
Dans ce dossier
- Charles de Gaulle : vie, parcours politique et héritage historique — Vue d’ensemble