Qui était Charles de Gaulle avant 1940 ?
Avant de devenir la voix de la France libre, Charles de Gaulle est un officier d’infanterie, marqué par la guerre de tranchées, la captivité et les débats sur la modernisation de l’armée. Entre 1912 et 1940, il construit une pensée stratégique exigeante, souvent discutée par sa hiérarchie.
Né à Lille le 22 novembre 1890, dans une famille catholique, lettrée et patriote, il grandit entre Paris et les séjours familiaux dans le Nord. Pour replacer ce cadre familial dans son histoire, consultez les origines de Charles de Gaulle.
Le jeune officier formé à Saint-Cyr
Charles de Gaulle entre à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1909, à dix-huit ans. Il en sort en 1912, classé 13e sur 211 élèves de la promotion « Fez », et choisit l’infanterie, l’arme qui reste alors le pivot de l’armée française.
Il rejoint le 33e régiment d’infanterie à Arras, commandé par le colonel Philippe Pétain. Le jeune sous-lieutenant découvre un chef attentif au feu, au terrain et à la préparation des hommes : une influence durable, avant que leurs chemins politiques et militaires ne divergent profondément.
Son passage à Saint-Cyr lui donne une solide culture tactique, sans l’enfermer dans les habitudes de l’école. Il lit beaucoup, s’intéresse à l’histoire des guerres et cherche déjà à comprendre comment l’autorité d’un chef agit sur le moral d’une armée. La page Où Charles de Gaulle a-t-il étudié ? détaille ce parcours scolaire et militaire.
Son expérience de la Première Guerre mondiale
Lieutenant en août 1914, de Gaulle combat dès les premières semaines. Blessé à Dinant le 15 août, puis à plusieurs reprises au cours du conflit, il connaît la violence d’une guerre où l’offensive frontale se brise souvent sur les mitrailleuses, l’artillerie et les réseaux de barbelés.
Le 2 mars 1916, lors de la bataille de Verdun, il est blessé et capturé près de Douaumont. Il passe le reste de la guerre dans plusieurs camps allemands, dont la forteresse d’Ingolstadt, où sont détenus des officiers français et russes, parmi lesquels le futur maréchal soviétique Mikhaïl Toukhatchevski.
Il tente de s’évader à cinq reprises, sans succès. La captivité nourrit sa réflexion : il observe les hommes, débat des opérations avec ses compagnons et mesure le prix de l’impréparation. Cette guerre lui apprend que la technique compte, mais que la décision, la discipline et le jugement du commandement restent décisifs.
Les affectations de l’entre-deux-guerres
Après l’armistice, le capitaine de Gaulle part en Pologne au sein de la mission militaire française, de 1919 à 1921. Il y enseigne à l’école d’infanterie de Rembertów et voit une jeune armée confrontée à une guerre mobile contre la Russie soviétique.
De retour en France, il enseigne l’histoire militaire à Saint-Cyr, puis suit l’École supérieure de guerre de 1922 à 1924. Ses appréciations signalent un officier brillant et indépendant, dont les analyses personnelles s’accordent mal avec certains usages de la notation militaire.
Il travaille ensuite auprès de Pétain, au Conseil supérieur de la guerre, et participe à la préparation d’un ouvrage sur l’histoire du soldat français. Après un commandement à Trèves, il sert au Secrétariat général de la Défense nationale entre 1932 et 1937 : une position qui l’ouvre aux questions industrielles, diplomatiques et budgétaires.
Promu colonel, il commande en 1937 le 507e régiment de chars de combat à Metz. Il y teste concrètement la conduite d’unités blindées, loin de l’image d’un simple théoricien. La trajectoire complète reste présentée dans Charles de Gaulle jeune : enfance, formation et débuts militaires.
Ses ouvrages sur la stratégie militaire
De Gaulle publie La Discorde chez l’ennemi en 1924, une étude sur les rivalités politiques et militaires allemandes pendant la Première Guerre mondiale. Il y traite déjà la guerre comme un fait total, où l’unité d’un pays pèse autant que les manœuvres sur le terrain.
Dans Le Fil de l’épée (1932), il défend l’idée d’un chef capable de décider et d’entraîner. Vers l’armée de métier (1934) propose une force professionnelle de 100 000 hommes, dotée de divisions blindées et appuyée par l’aviation, prête à intervenir vite.
Cette proposition ne réclame pas la suppression de l’armée de conscription : elle vise une force de choc complémentaire. Ses thèses rencontrent peu d’écho politique en France, où dominent la défense territoriale, la ligne Maginot et la crainte d’une armée professionnelle perçue comme coûteuse ou politiquement risquée.
Son dernier grand livre d’avant-guerre, La France et son armée, paraît en 1938 avec une préface de Pétain. Il relie l’histoire militaire française à une conception exigeante de l’État : pour de Gaulle, la stratégie exige des moyens, une vision politique et des chefs capables d’assumer leurs choix.
Le colonel de Gaulle au début de la Seconde Guerre mondiale
En septembre 1939, le colonel de Gaulle commande encore le 507e régiment de chars. La drôle de guerre confirme sa frustration : il estime que les blindés doivent agir en masses mobiles, alors que l’armée française les disperse souvent pour soutenir l’infanterie.
Quand l’offensive allemande commence le 10 mai 1940, il reçoit le commandement de la 4e division cuirassée, en cours de formation. Le 17 mai, il mène une contre-attaque à Montcornet ; elle ralentit localement l’adversaire, sans pouvoir tenir faute d’appuis suffisants et de moyens de transmission efficaces.
À la fin de mai, ses chars combattent encore dans le secteur d’Abbeville. Ces engagements lui donnent une visibilité nationale et illustrent ses convictions : vitesse, concentration des blindés, liaison avec l’aviation et liberté d’action du commandement. Le 1er juin 1940, il est nommé général de brigade à titre temporaire, seuil d’un destin qui dépasse désormais sa seule carrière d’officier.